LIVRES / PAPER BOOKS
Bataille des chats de Mendoza

Lauréat du Prix Planeta 2010, Bataille de chats était attendu de pied ferme par tous les aficionados de France et de Navarre d’Eduardo Mendoza. L’auteur de La Ville des prodiges (1986), considéré dès sa parution comme le chef-d’œuvre de Mendoza et dont Barcelone était l’héroïne, nous transporte cette fois-ci dans la capitale madrilène au bord de la guerre civile, par un beau jour du printemps 1936…

Anthony Whitelands, jeune universitaire anglais naïf et maladroit, n’a pas son pareil pour se jeter à corps perdu dans les pires situations. Ainsi découvre-t-il, lorsqu’il se voit confié la délicate mission d’expertiser la collection du duc de la Igualda, proche du chef de la Phalange, un mystérieux nu apparenté à Velázquez parmi les tableaux. Comment cette toile oubliée dans une cave pendant des générations est-elle entrée en possession du duc ? Qui est cette inconnue du Siècle d’or, posant nue pour le peintre ? Un simple modèle, une amante de passage, ou l’amour de toute une vie ? A peine a-t-il posé ses valises à l’hôtel que Whitelands est embarqué dans un imbroglio politique et sentimental l’initiant bon gré mal gré aux secrets de la capitale madrilène, déchirée entre rouges et phalangistes, femmes du monde et femmes du peuple, espions et diplomates, militaires et anarchistes, autant de “chats” qui tenteront d’entraver l’enquête de notre attachant (anti) héros. Qu’il paraît loin, le flegme londonien ! Et l’on sent que Mendoza prend un malin plaisir à balloter le pauvre expert en art au milieu d’événements historiques qui le dépassent complètement. Mais en dépit de sa maladresse, Whitelands est l’objet de toutes les attentions – bienveillantes ou non – du beau sexe, dont il pourrait au final tirer son salut…

Dès les premières lignes, la légèreté du ton contraste efficacement avec l’ambiance pesante d’une ville au bord de l’implosion. Les habitués de Mendoza regretteront néanmoins de ne pas retrouver dans Bataille de chats l’humour qui caractérise la plupart de ses autres romans, car, malgré le génie de Whitelands pour se fourrer dans des situations rocambolesques, on rit peu à la lecture de ce roman. Qu’à cela ne tienne : l’intrigue est redoutablement bien ficelée et garde le lecteur en haleine jusqu’à la fin, les personnages secondaires apportent une densité remarquable à l’histoire et la présence de protagonistes ayant existé (le général Franco et José Antonio Primo de Rivera, chef de la Phalange) pallie l’absence de précisions historiques, dans certains passages. Enfin, il faut reconnaître à Mendoza un certain courage dans la tâche qu’il s’est fixée, depuis ses débuts d’écrivain, de ne jamais laisser reposer les fantômes de la guerre civile, dans un pays qui peine à revenir sur une histoire encore très récente.

En bref, un grand polar aux accents vaudevillesques, à ne pas négliger sur la liste des lectures estivales.

Bataille de chats. Madrid 1936 de Eduardo Mendoza – Éditions Seuil – 396 pages – 22,30 €
 
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Ariane d’Aurevilly
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5 juillet 2012
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